Quand nous avons ouvert Marena Gym à Draa Ben Khedda, on m’a posé la question : est-ce qu’il y aurait des horaires séparés pour les femmes ?
Ma réponse a été non. Et cette décision n’avait rien d’idéologique. Elle est de santé publique.
Une statistique gênante
Selon les données du Ministère de la Santé algérien, moins de 12 % des femmes adultes pratiquent une activité physique régulière. Côté hommes, ce taux monte à 31 %. L’écart se creuse à partir de la trentaine et explose après cinquante ans.
Les conséquences sont mesurables : prévalence du diabète de type 2, ostéoporose précoce, troubles cardiovasculaires, dépression post-partum non prise en charge.
Nous payons collectivement, chaque année, un système de soin curatif au lieu d’investir un dixième du montant dans la prévention.
Pourquoi les horaires séparés ne marchent pas
L’argument culturel est respectable. Mais l’expérience de quinze salles algériennes étudiées entre 2021 et 2024 montre que les créneaux « femmes » sont systématiquement les premiers supprimés quand la salle doit faire des arbitrages économiques.
Le vrai vecteur d’inclusion, ce n’est pas la séparation. C’est l’absence de jugement.
Ce qu’on a observé à Marena Gym
- Mois 1 : 18 % d’inscrites femmes — comme partout.
- Mois 6 : 34 % — grâce au bouche-à-oreille des premières.
- Mois 12 : 41 % — parité quasi atteinte sur les créneaux 18h-20h.
Aucune mesure spéciale. Juste un règlement clair (respect, propreté, pas de portable en zone d’entraînement) et un staff qui l’applique.
Ce qu’on peut faire au niveau public
Subventionner les abonnements pour les femmes de plus de quarante ans, sur prescription médicale. Le coût pour la collectivité est dérisoire face aux économies de soin curatif. Les Pays-Bas et le Portugal ont mené cette politique depuis cinq ans : le retour sur investissement est positif dès la troisième année.
Le sport pour les femmes, ce n’est pas un confort. C’est une politique de santé publique.